On peut rénover un appartement entier, refaire les sols, repeindre, installer une cuisine de chef étoilé... et se faire recaler à la vente pour une histoire de terre manquante sur trois prises. L'électricité, c'est le parent pauvre de la rénovation jusqu'au moment où elle devient votre pire ennemi. Et là, il est trop tard.
Nous avons réalisé suffisamment d'opérations pour savoir une chose : l'électricité mal maîtrisée tue plus de projets immobiliers que la conjoncture. Alors voici ce qu'il faut vraiment savoir, sans les histoires à dormir debout qu'on raconte habituellement sur ce sujet.
La réglementation électrique française repose sur un principe simple : NF C 15-100 pour la technique, Consuel pour la certification, diagnostic pour la vente. Trois documents, trois logiques différentes, trois façons de se planter magistralement.
Premier malentendu : croire qu'une installation qui fonctionne est une installation conforme. On a vu des appartements parisiens vendus 800k€ où l'électricité tenait avec du scotch et de la chance. L'acheteur final - un cadre sup qui ne connaît rien à l'électricité mais tout aux avocats - s'en est aperçu trois mois après. Résultat : assignation en vice caché, expertise judiciaire, 45 000€ de travaux de mise aux normes à la charge du vendeur.
La norme NF C 15-100 n'est pas une suggestion. Mais attention - ne confondons pas tout. Cette norme complète couvre des centaines de pages : nombre minimal de prises par pièce, circuits spécialisés obligatoires, hauteurs et volumes de sécurité, sections de câbles adaptées, protection contre les surtensions, etc.
Le diagnostic électrique, lui, se contente de 6 points de sécurité critique. Point final.
Le certificat Consuel divise les investisseurs en deux camps : ceux qui pensent qu'il faut toujours le faire, et ceux qui pensent qu'on peut toujours s'en passer. Les deux se trompent.
Installation neuve raccordée au réseau : évident, mais rappelons-le.
Division de logements : vous créez trois appartements à partir d'un ? Il faut trois compteurs individuels, donc trois Consuel. L'alternative - garder un compteur unique pour plusieurs lots - vous met hors-la-loi sur la revente d'électricité. Et un notaire sérieux refusera l'acte.
Rénovation totale avec coupure Enedis : critère clé. Si vos travaux nécessitent qu'Enedis coupe au point de livraison (dépose compteur, etc.), alors Consuel obligatoire avant remise sous tension. Mais si l'électricien travaille en coupant seulement au disjoncteur général, pas de Consuel légalement requis.
Installation photovoltaïque : certificat bleu spécifique depuis 2010.
Remplacement tableau à l'identique : pas de Consuel obligatoire. Mais attention au "à l'identique". Dès qu'on ajoute des circuits ou qu'on augmente la puissance, on bascule vers une création d'installation.
Ajout de circuits sur existant : juridiquement pas obligatoire tant qu'il n'y a pas de coupure distributeur. Mais l'installateur engage sa responsabilité. En pratique, on conseille une attestation Consuel partielle pour couvrir les extensions.
Notre approche : on budgétise toujours le Consuel dans les gros chantiers. 150€ + visite, c'est dérisoire face aux risques. Et on l'utilise comme argument de vente sur nos projets marchands de biens : "installation certifiée conforme par organisme agréé". Les acheteurs exigeants apprécient.
Obligatoire pour toute vente de logement de plus de 15 ans. Validité 3 ans en vente, 6 ans en location. Le diagnostiqueur contrôle six points de sécurité.
Piège classique : considérer le diagnostic comme "juste informatif". Faux. Sans diagnostic fourni, le vendeur ne peut pas s'exonérer de la garantie des vices cachés. Et un acheteur peut obtenir l'annulation de la vente ou une réduction de prix pour anomalies graves non divulguées.
Attention : le diagnostic électrique obligatoire pour la vente/location ne contrôle PAS tous les points de la norme NF C 15-100. C'est une nuance cruciale qui peut coûter cher aux amateurs.
Le diagnostic se limite strictement aux 6 points de sécurité minimale :
Point. C'est tout.
Il ne vérifie "en aucun cas la conformité de l'installation à la réglementation en vigueur (notamment la norme NFC 15-100 pour les nouvelles installations)". Le diagnostiqueur ne contrôlera pas le nombre de prises par pièce, les circuits spécialisés, les hauteurs d'installation, la protection contre les surtensions, etc.
Ça change tout dans la stratégie. On peut avoir un diagnostic "clean" (aucune anomalie) et une installation qui n'est absolument pas aux normes NF C 15-100 complètes. L'inverse est vrai aussi : on peut respecter parfaitement la NF C 15-100 et avoir des anomalies au diagnostic si un des 6 points de sécurité flanche.
Document non obligatoire mais recommandé : l'électricien certifie sur l'honneur la conformité de son travail. Moins de poids qu'un Consuel vis-à-vis d'Enedis ou du notaire, mais opposable à l'artisan (responsabilité civile professionnelle).
Contenu minimum : identification de l'électricien (SIRET, assurance), identification du chantier, phrase d'engagement ("installation conforme NF C 15-100"), périmètre des travaux, date et signature.
Seul document officiel de conformité électrique. Indispensable pour nouveau branchement, peut remplacer le diagnostic si récent et couvrant tout le logement.
Bonus commercial : même quand il n'est pas obligatoire, un Consuel récent sur une rénovation totale rassure les acheteurs et évite les négociations à la baisse.
Les compagnies d'assurance ne peuvent théoriquement pas refuser l'indemnisation pour seule cause de non-conformité. En pratique, elles s'y emploient activement. Installation dangereuse non certifiée = tentative de dégagement assurantiel. Citation d'un professionnel : "nous avons rarement vu des assurances assurer quelque chose qui représente un danger".
En cas de blessures graves ou décès (incendie, électrocution), le propriétaire-maître d'ouvrage peut être poursuivi pour homicide involontaire si négligence prouvée. La prison pour avoir économisé 150€ de Consuel. Mauvais calcul.
Double peine : non-respect de la réglementation sur la fourniture d'électricité + vente de lots non conformes. Exemple réel documenté : promoteur attaqué pour tromperie après incendie dans appartement issu de division mal électrifiée. Remise aux normes de tous les lots vendus + dommages-intérêts à sa charge.
On applique systématiquement une checklist en 7 points avant toute livraison :
Sécurité de base : les six points du diagnostic + contrôle terre généralisée (résistance < 100Ω, idéalement < 50Ω)
Protection différentielle étendue : on vise plusieurs ID 30mA pour séparer les groupes de circuits, pas le minimum légal
Adaptation puissance : on vérifie que l'abonnement correspond à l'usage post-travaux. Studio avec cumulus et plaques sur 3kVA = disjoncteur qui saute en permanence
Schémas et repérage : tableau clairement identifié, schéma unifilaire à jour. Les notaires exigeants le demandent de plus en plus
Dossier prêt : Consuel ou diagnostic selon l'âge, attestation électricien, plans mis à jour
Conformité détaillée NF C 15-100 : nombre de prises par pièce, circuits spécialisés, protection surtensions si requise
Détecteur de fumée : obligatoire depuis 2015, souvent oublié
Ne pas prévenir Enedis à temps : certaines opérations prennent des semaines administratives. On lance les démarches dès le début de projet
Promettre "aux normes" sans preuve : éviter les formulations marketing hasardeuses. On dit : "installation certifiée conforme (Consuel 2025)" ou "installation rénovée par professionnel, répondant aux normes de sécurité (attestation fournie)"
Ignorer les anomalies signalées : une anomalie non corrigée peut faire capoter une négociation. Mieux vaut traiter en amont pour un coût modeste que subir une décote surévaluée
L'électricité en rénovation immobilière, c'est 90% de conformité technique et 10% de conformité administrative. Mais les 10% administratifs peuvent annuler les 90% techniques.
On peut avoir la plus belle installation du monde : sans les bons papiers au bon moment, elle ne vaut rien. Et inversement, on peut avoir une installation limite mais parfaitement documentée : elle passera partout.
L'électricité, c'est 90% de technique et 10% d'administratif. Mais ces 10% peuvent annuler tout le reste. On l'a appris à nos dépens, comme tout le monde. Aujourd'hui, on vérifie tout deux fois plutôt qu'une. Parce que dans ce métier, la réputation se construit en dix ans et se détruit en dix minutes. Et qu'une installation électrique qui tue ou qui brûle, ça ne pardonne jamais.